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Pensées émues pour Serge Royer, notre ami, collègue et enseignant qui nous a quitté prématurément.

Dimanche 11 Juin 2017
de 9h30 à 12h

« La Violette » à Richard Aboaf, professeur au Lycée ORT de Strasbourg

mercredi 10 juin 2015

Richard Aboaf, plasticien et historien d’art de formation, enseignant au Lycée ORT Strasbourg dans les filières Baccalauréat et dans le supérieur, en Arts appliqués et en Design de mode et chargé de l’action culturelle, a été décoré le dimanche 7 juin des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques.

C’est devant une salle comble de la Résidence ORT Clemenceau et en présence d’un parterre d’invités prestigieux, représentant l’Eurométropole, la Ville, la Région, le Consistoire Israélite du Bas-Rhin, l’Université, le Rectorat et l’Académie de Strasbourg, les structures muséales et culturelles des deux côtés du Rhin, en présence de nombreux amis du récipiendaire et sous l’égide de Martin Bruder, Président de l’AMOPA, que François David, le Proviseur de l’Ensemble scolaire Edmond Michelet et ancien directeur du Centre d’Etude et du Musée de la Résistance Edmond Michelet de Brive-la-Gaillarde, a remis cette distinction au professeur de l’ORT Strasbourg.

Claude Sabbah, Proviseur du Lycée, a évoqué « la brillante carrière menée par le professeur, par le responsable et par l’ami… symbole même de l’engagement et de la fidélité aux valeurs éducatives et aux idéaux de l’ORT… » ainsi que le bonheur d’enseigner qu’il a laissé transparaître durant toute sa carrière...

Jean-Michel Koch, Inspecteur d’Académie, Inspecteur Pédagogique Régional, a souligné l’implication forte du récipiendaire dans le domaine de l’enseignement des arts plastiques et de l’Histoire des Arts, son implication en tant que créateur et plasticien et en tant que meneur d’équipe et responsable des filières artistiques… Le Président Martin Bruder a évoqué quant à lui, les projets par milliers engagés durant près de 40 ans dans tous les domaines de l’action culturelle, la disponibilité et l’implication forte de Richard Aboaf au service des élèves, des étudiants et de son établisement…

C’est avec l’éloquence d’un grand orateur, que le briviste François David, a conclu ce panégyrique ; rappelant la participation essentielle de Richard Aboaf aux actions menées par le Centre d’Etude de la Résistance et Musée Edmond Michelet autour des Justes de Corrèze, il a ensuite retracé la carrière du récipiendaire depuis le Lycée Carnot de Tunis jusqu’à l’Institut des Arts plastiques et d’Histoire de l’Art de l’Université Marc Bloch, son passage au Laboratoire de Recherche et de Conservation de Madeleine Hours au Louvre, ses voyages militants, son savoir artistique et son désir de partager découvertes et émotions artistiques…

Le professeur, après avoir été épinglé de La Violette, a pris la parole pour adresser ses remerciements à tous les présents à cette belle cérémonie, saluer le dynamisme pédagogique et le talent de l’ensemble des équipes et du personnel de l’ORT Strasbourg, il a émis ensuite quelques réflexions fortes sur l’art et la pédagogie, mais également sur l’identité, sur la mémoire et la citoyenneté…

« Je sais que la tâche qui s’annonce pour ceux qui vont nous suivre va être plus difficile et qu’il faudra se battre avec des mots et des idéaux, à l’heure de la déficience du verbe, à l’heure de la défaillance du sens… Mais je sais aussi, la volonté et la détermination des femmes et des hommes engagés dans l’Education Nationale pour aller de l’avant et construire l’école de demain… Ce sont eux depuis Jules Ferry, les vrais hussards de la République…

… Je dois l’avouer, je me suis plu dans la concomitance de mes deux fonctions, dans une forme d’ambiguïté permanente et fructueuse entre la mission d’enseignement et la mise en stratégie et en pratique d’actions culturelles pour l’enrichissement du plus grand nombre… » A-t-il ajouté pour conclure.

Un très beau parcours en somme, riche de rencontres, d’enjeux et de très nombreuses réalisations.

La cérémonie a été entrecoupée de mélodies en Ladino interprétées par le beau trio des Muses, grand prix de la Fondation Alsace en 2013.

Martin Bruder a rappelé que cette distinction, crée en 1808 par Napoléon pour honorer les membres éminents de l’Université et étendue ensuite par Edgar Faure, président du Conseil en 1955, aux personnes ayant rendu des services éminents à l’Education Nationale, La Violette comme on la surnomme, est attribuée par décret du Premier Ministre sur proposition du Ministre de l’Education Nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

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DISCOURS DE RICHARD ABOAF, À L’OCCASION DE LA REMISE DES INSIGNES DE CHEVALIER DANS L’ORDRE DES PALMES ACADÉMIQUES, LE DIMANCHE 7 JUIN À L’ORT STRASBOURG.

Mesdames, Messieurs

Merci pour toutes ces paroles que vous venez de m’adresser, j’en suis vraiment honoré et ému. Je vais essayer de braver cette émotion naturelle et vous adresser quelques mots et quelques réflexions, sur ce long parcours à l’ORT, qui a été riche de rencontres, d’enjeux et de réalisations.

Avant tout j’aimerai dire que mes pensées vont tout naturellement à mes parents qui auraient été heureux d’être là aujourd’hui, à ma sœur Stella et à sa famille, à mes enfants, mon fils aîné Yaniv, à ma fille Anaëlle et à leur maman Simone, à Daniel mon gendre, à ma petite fille Ellie, à mes fils Dan et à Yohan, à mon épouse Léa, à mon beau-frère Jo et à Anne son épouse…

Qu’il me soit permis d’exprimer en premier lieu ma reconnaissance et ma gratitude à Claude Sabbah, le proviseur, le bâtisseur, l’ami… Claude Sabbah qui, tout au long de mon parcours professionnel, m’a non seulement accordé sa confiance mais a apporté attention et soutien aux projets que j’ai pu initier dans cet établissement, projets qui parfois pouvaient paraître difficiles à réaliser, audacieux… et couteux ?! A son épouse Claudie également, avec qui j’ai partagé plusieurs projets autour de la mémoire et de la citoyenneté.

Je tiens à saluer les présidents Jean-Hugues Léopold-Metzger et Raymond Kern, qui l’un après l’autre, inlassablement, ont défendu la cause de l’ORT au sein des instances locales, nationales ou auprès des institutions européennes et internationales… Raphaël Elmaleh, chargé de communication de l’ORT France, qui me fait le plaisir d’être parmi nous, qui représente Marc Timsit de la Direction générale, que je salue par la même occasion pour l’immense travail réalisé à la direction du réseau national…

Jacques Zucker aussi, qui depuis quelques années, en qualité de Président des amis de l’ORT se bat pour promouvoir et faire connaître l’établissement.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer la mémoire de Samuel Loève, l’ancien directeur de l’établissement, à qui je dois ma présence dans ces murs… Je me souviens de ce jour où je l’avais rencontré dans son bureau, il m’avait parlé d’Alexandrie et moi de Tunis, nos villes natales respectives et il m’avait dit : « c’est bon : tu fais partie de l’équipe dès lundi… » Je ne pensais pas un seul instant que l’horizon qui m’était offert à l’ORT Strasbourg était si prometteur.

Ma pensée va ensuite vers mes professeurs et mes maîtres, de l’école primaire à l’université, avec les visages, les voix qui en ont marqué les étapes clés : au lycée Carnot de Tunis en Tunisie, puis à l’Institut des Arts plastiques et d’Histoire de l’Art de l’Université Marc Bloch ici même à Strasbourg, aux enseignants qui m’ont enrichi de leur savoir, les professeurs Chatelet, Roy, Bohnenberger, Demange, Loyer, Fleck, Gagean… à Madeleine Hours du Laboratoire de Recherche et de Conservation du Louvre où j’ai effectué un passage aussi exceptionnel qu’inoubliable… Tous m’ont ouvert, et pour toujours, la voie des crêtes singulières des arts et de la création artistique.

Je dis aussi ma reconnaissance, à ceux qui ont enrichi mes connaissances juives dès mon arrivée à Strasbourg, je pense aux Rav Klapish, Abitbol, Edery, à André Hochberger, au Grand Rabbin Max Warshawski et au Pr Armand Abécassis, issus de l’Ecole d’Orsay… Ils m’ont tous enseigné dans l’esprit de cette Ecole rentrée dans l’histoire de l’après-guerre, qu’identité, ouverture et citoyenneté pouvaient faire bon ménage, mais aussi l’importance de la dimension juive dans la culture universelle, et surtout, tous m’ont enseigné que la plus grande tragédie d’un texte, c’est d’être enfermé dans une prison de sens… Je le comprends chaque jour un peu plus…

Je tiens à saluer la présence à cette cérémonie, du Grand Rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, René Gutmann… et également celle du Professeur Freddy Raphaël, ici présent, ancien doyen de la faculté des Sciences sociales et Professeur Emérite de sociologie de l’Université Marc Bloch, dont les conférences et les ouvrages m’ont enrichis et m’ont fait découvrir en arrivant de Tunisie, l’enracinement des juifs dans la ruralité et le terroir alsacien, leur histoire syncopée ainsi que la richesse unique de leur patrimoine culturel, spirituel et artistique…

Je voudrais aussi associer à cette distinction qui me revient aujourd’hui, dans un esprit de partage et de reconnaissance, toutes celles et ceux qui ont accompagné ma vie professionnelle et plus particulièrement mes collègues du Staff de l’ORT, ceux du canal historique : Jo Bismuth, Gaby Guigui, Richard Lellouche, Simon Lévy et Daniel Bueno et ceux qui nous ont rejoints ces dernières années, Sylvie Schillio, Gabriel Benoilid, David Gabbay, Lionel Courtot…

Je salue, dans le même esprit le dynamisme pédagogique, la créativité, les talents de l’ensemble des personnels : les équipes d’enseignants du lycée et des formations supérieures, (Il y a eu là aussi un canal historique, Marie Anne Ratsch, Gérard Laprie, Javier Dominguez, Cornelia Muller, Christine Cook, Gaétane Armbrust, Umberto de Crignis, Serge Royer, Eric Poncelet… présents depuis plusieurs décennies dans l’établissement…) mais aussi le personnel des services informatiques, les secrétariats, la vie scolaire… Je les remercie pour leur engagement et pour leur contribution essentielle à la vie et à la notoriété de notre établissement.

Je réserve une pensée particulière à tous mes collègues des filières artistiques, le pôle aujourd’hui le plus attractif de l’établissement. Soyez tous assurés de mon admiration pour la motivation dont vous faites preuve au quotidien…

Chers amis, vous venez de me recevoir dans l’Ordre national des Palmes académiques, je tiens tous d’abord à dire ma profonde gratitude pour m’avoir permis d’accéder à cette haute distinction et pour avoir accepté de parrainer mon entrée dans cet Ordre éminent.

Merci pour l’amitié et l’honneur que vous me faites tous ici présents, à l’occasion de cette distinction qui vient, si ce n’est couronner un parcours, en tous cas reconnaître un engagement, je n’ose pas dire un travail, parce que dans les pays latins, le travail dont l’origine est le trepalium, cet instrument qu’on utilisait pour torturer les esclaves, est synonyme de tourments, et dans les meilleurs cas de besogne, de peine ou de fatigue…

J’ai « bossé » mais c’est encore moins élégant, dans la mesure où le terme ajoute aux tourments, une déformation anatomique digne du roman de cape et d’épée de Paul Feval…

J’ai donc ni travaillé ni bossé à l’ORT depuis mon arrivée à Strasbourg… Mais alors, cher François et cher Martin, pourquoi me remettre une telle distinction ?

Il y a un poète et romancier brésilien, Paolo Coélo qui a écrit dans un très beau roman : Sur le bord de la rivière Piedra : « Les rêves donnent du travail »… Je crois que J’ai dû beaucoup rêver… Et je souhaite à ceux qui vont nous succéder dans quelques années, de faire du travail un outil de plaisir, je ne vais pas dire un objet de rêve parce que j’en connais qui ne quitteront pas leur lit et qui ne risqueront pas de profiter de la future loi sur le Burn Out !

J’ai la chance surtout d’avoir exercé parallèlement deux belles fonctions, l’enseignement et l’action culturelle ; elles m’ont offert pendant près de quatre décennies l’occasion de diffuser et de conjuguer les valeurs de transmission, de connaissance et d’humanisme.

L’action culturelle, a été une mission de contacts humains avec des institutions et des partenaires culturels locaux, régionaux et bien au-delà… une mission de programmation, d’organisation, d’impulsion, de coordination… Promouvoir les valeurs de la culture, celle de la mémoire tellement importante pour notre centre de Strasbourg… porter les projets, créer des synergies… c’est un métier de pilotage pédagogique et humain. J’ai pu m’y sentir par moment chef de chœur, attaché à mettre en résonance et en harmonie des personnalités et des talents divers, des timbres parfois dissonants : Un chœur central comme dans les Bacchantes d’Euripide, qui évolue, qui déambule, qui explique la pièce, qui se cherche parfois, mais qui avance et qui progresse toujours… Un chœur qui donne sens et corps aux initiatives…

La fréquentation quotidienne des arts, des artistes, des sensibilités diverses, des pensées toujours en éveil et des esprits toujours vifs, des inventeurs d’écritures et d’idées neuves… a été enrichissante et exaltante pour moi et leur partage permanent avec les élèves et les étudiants ont favorisé une véritable émulation, un enrichissement mutuel, confirmant par là-même le dicton talmudique de Rav Hanina dans le traité Taanith : « j’ai beaucoup appris de mes maitres et de mes collègues, mais le plus que j’ai pu apprendre c’est de mes élèves » Il ne s’est pas passé un seul jour (ouvrable on va dire) sans que les questions de mes élèves et de mes étudiants ne m’aient renvoyé vers une quête de savoir ou de sens…

Le fait d’enseigner les matières artistiques dans son acception historique… par son inlassable va et vient entre l’observation concrète, la formulation synthétique et abstraite, la réalité quotidienne et l’idéal vers lequel on tend, par son goût des idées, par celui de l’échange et aussi et surtout par celui du débat… porte en lui-même les principes fondateurs de la pédagogie.

La perspective, on le sait depuis le quattrocento et Brunelleschi, peut avoir plusieurs points de fuite. Oui, l’expérience que j’ai pu acquérir, m’a conduit vers une conviction, ce sont bien des écarts que jaillissent l’énergie et l’étincelle créative.

Je dois l’avouer, je me suis plu dans la concomitance de mes deux fonctions, dans une forme d’ambiguïté permanente et fructueuse entre la mission d’enseignement et la mise en stratégie et en pratique d’actions culturelles pour l’enrichissement du plus grand nombre… Cela n’a pas été simple, il a fallu bien souvent revenir à la source de mon élan, recueillir l’assentiment des uns, l’appui ou le concours des autres, faisant mienne cette phrase de Saint Exupéry, qui a presque valeur d’adage « Dans la vie, il n’y a pas de solutions, il y a des forces en marche, il faut les créer et les solutions suivent… » Je crois que j’ai été inspiré par cette citation de Vol de Nuit…

Aux côtés de Claude Sabbah et sous son impulsion, l’école a été un véritable laboratoire d’innovations et d’expérimentations, de créativité et d’inventions pédagogiques… Faire de l’excellence et de l’égalité des chances une double visée au service de tous les élèves dans une dynamique ou radicalité et générosité, exigence et tolérance, n’ont rien à se concéder mutuellement, a été une de nos visées ; ce fut le cas lors de la création des classes passerelles qui ont pu relancer des élèves en rupture scolaire vers le Bac et les formations supérieures, mais en même temps, la visée des grandes écoles d ’ingénieurs a démontré les ambitions légitimes d’un centre comme le nôtre. Un coup de chapeau à Alain Lypsic pour avoir hissé notre école parmi les 15 premières classes prépa de France…

Ernest Renan nous apprend et c’est un classique, que l’essentiel dans l’acte d’éducation n’est pas la doctrine mais l’éveil… Je préfère dire personnellement que l’éducation ne consiste pas à gaver mais à donner faim ! J’espère qu’après 30 000 heures de cours et près de 3000 projets culturels et d’action éducative, avoir affamé quelques milliers d’élèves et d’étudiants…

Si c’est le cas, j’en suis fier et c’est bien le seul domaine où on peut se réjouir d’affamer quelqu’un…

Quand je considère le chemin parcouru en près de quarante ans, je constate que la merveille, c’est la multiplicité et la diversité des formes d’intelligence rencontrées, et qui, à défaut de s’additionner, ce serait trop beau, se croisent et s’enrichissent par le jeu de fertilisations croisées et d’osmoses bénéfiques…

Je sais que la tâche qui s’annonce pour ceux qui vont nous suivre va être plus difficile et qu’il faudra se battre avec des mots et des idéaux, à l’heure de la déficience du verbe, à l’heure de la défaillance du sens… Mais je sais aussi, la volonté et la détermination des femmes et des hommes engagés dans l’Education Nationale pour aller de l’avant et construire l’école de demain… Ce sont eux depuis Jules Ferry, les vrais hussards de la République.

Je terminerai sur ces propos qui saluent le corps enseignant, mais en quelques mots, je voudrais dire pour conclure, et je le pense sincèrement, que ce long chemin déjà parcouru à l’ORT Strasbourg, a été pour moi culturellement et humainement fabuleux.

On va mettre en veilleuse les mots et les idées, et je vous propose de partager un moment convivial et un verre ensemble… Merci à vous tous, pour vos paroles, pour vos témoignages et votre sympathie.

Richard Aboaf