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La mémoire des camps annexes du KL Natzweiler-Struthof

samedi 18 novembre 2017

Un projet transfrontalier autour d’une mémoire méconnue. Le CERD, le VGKN et le lycée ORT de Strasbourg en sont les initiateurs.

La mémoire des camps annexes du KL Natzweiler-Struthof


Les étudiants de la classe de Manaa sur le site du camp annexe d’Urbès-Wesserling
dans le Haut-Rhin, avec Arlette Hasselbach, présidente de l’AFMD 68.

Dans la conscience collective de tout un chacun, la mémoire de la déportation est rattachée à une série de noms étrangers voire étranges, connotés historiquement et géographiquement. Les camps de concentration et d’extermination les plus importants et ceux de moindre dimension, géraient tous de très nombreux camps annexes, des centaines dans toute l’Europe. C’est le cas du KL* Natzweiler-Struthof, unique camp de concentration nazi sur le territoire français, situé en ce qui était alors l’Alsace annexée.

C’est à la suite d’une visite au lycée ORT Strasbourg, à l’occasion de la présentation de l’exposition Mémoire de pierre en janvier 2017, que Frédérique Neau-Dufour, la directrice du CERD, le Centre Européen du Résistant Déporté, et Richard Aboaf, chargé de l’action culturelle à l’ORT Strasbourg, décidèrent d’engager une réflexion autour d’un travail historique et pédagogique sur la mémoire méconnue des près de 50 camps annexes qui dépendaient du KL Natzweiler-Struthof. C’est au mois de mai que l’idée se concrétisa en projet à l’issue d’une réunion qui regroupa les responsables du CERD, des enseignants, historiens et universitaires, des cinéastes ainsi que les directeurs et principaux responsables du VGKN, l’association allemande des lieux de mémoire du camp de concentration de Natzweiler : Dorothée Roos et Benjamin Marquart, mandatés par la Landeszentrale für Politische Bildung, le département de Bade Wurtemberg qui définit les politiques éducatives.

La nébuleuse des camps centraux

Le camp central, le KL Natzweiler-Struthof, administrait et contrôlait une véritable nébuleuse de camps annexes plus ou moins grands, plus de 60 au total, répartis des deux côtés du Rhin, en Bade Wurtemberg, en Alsace et en Moselle annexée et pour deux d’entre eux en France occupée (Meurthe et Moselle)
De 1941 à 1945, sur les quelque 52 000 déportés recensés au KL Natzweiler-Struthof, environ 35 000 ne passeront jamais par le camp central… Près de 22 000 déportés y sont morts, plus de 3000 dans le camp central et près de 18 000 dans ses camps annexes… Combien parmi nous savent que le premier des 60 camps annexes ouvre ses portes à Obernai le 15 décembre 1942 avec 200 déportés et que, jusqu’en 1945, on en crée d’autres encore en Bade Wurtemberg !?

Des déportés qu’on ramène d’Auschwitz !

L’origine des déportés des camps annexes de Natzweiler est différente de celle du camp central des Vosges. Les Juifs, deuxième catégorie en nombre du complexe Natzweiler, sont transférés par ordre de Josef Kramer en personne, le commandant d’Auschwitz ; en 1944, leur nombre atteint 6000 hommes et femmes répartis des deux côtés du Rhin. Les déportés, de véritables esclaves, travaillent essentiellement au profit de l’industrie de guerre nazie… Leur calvaire se prolongera au cours de l’hiver puis du Printemps 1945 par les marches de la mort qui décimeront une grande partie de ces hommes et femmes. La mortalité de ces camps annexes fut supérieure à celle du camp central, le KL Natzweiler-Struthof, atteignant par endroit 60% de décès.

Un projet pédagogique franco-allemand en plusieurs étapes

La première étape réunira tous les partenaires, élèves et étudiants qui participeront au projet au CERD à la fin du mois de septembre. Les jeunes seront sensibilisés à ce projet transfrontalier, visiteront le camp central du Natzweiler- Struthof et seront invités à réaliser une mémoire photographique et graphique des vestiges et parfois des dernières traces de ces camps annexes des deux côtés du Rhin. Le lycée Julie Daubié de Rombas se chargera de photographier le camp annexe de Teuleu, le lycée ORT de Strasbourg se rendra sur les sites de Schwindrathzeim, Schirmeck, Obernai, Sainte-Marie-aux-Mines, Urbès-Wesserling, Cernay, Thann et Mulhouse.
Les élèves de Neckarelz en Allemagne couvriront les mémoriaux et camps annexes de l’espace géographique de leur région et ceux de Stuttgart, les camps de Leonberg, Vaihingen, Echterdingen, Hailfingen-Tailfingen…

Une exposition et un livret pédagogique en janvier 2018, un film pour janvier 2019

La réalisation d’une grande exposition itinérante au mois de janvier 2018 accompagné d’un livret pédagogique bilingue, français-allemand, dédié aux élèves et étudiants, mais aussi tous les publics, sera suivie en janvier 2019 par la présentation d’un film moyen-métrage sur ce travail pédagogique et sur le volet historique du projet. Un travail artistique, réalisé par des élèves allemands et animé par les artistes français du groupe Quinz’art et les artistes allemands du groupe Plakatwandkunst sera réalisé en parallèle de ce projet pour la fin de l’année 2018. Les réalisations seront présentées au CERD puis en Allemagne…
Le Consul Général de la République Fédérale d’Allemagne, La Région Grand-Est, le Consistoire Israélite du Bas-Rhin, l’AUJF, le CRIF… sont d’ores et déjà intéressés par le projet et différents pôles culturels du Grand Est et de Bade Wurtemberg sont prêts à accueillir l’exposition puis le film.

Travailler à la construction de cette mémoire des camps annexes du KL Natzweiler-Struthof sera aussi une façon de réinterroger l’histoire et probablement d’en découvrir un volet méconnu. L’engagement des élèves et des étudiants français et allemands vers un projet conjoint à la dimension mémorielle, constitue un enjeu pédagogique réel. Les partenaires des deux côtés du Rhin y travaillent avec conviction.

* KL : abréviation de konzentrationslager. La quasi-totalité des documents d’archives concernant les camps de concentration nazis, portent la mention "KL" et non "KZ", comme il est plus courant de le lire dans l’historiographie moderne.