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Pensées émues pour Serge Royer, notre ami, collègue et enseignant qui nous a quitté prématurément.

Dimanche 11 Juin 2017
de 9h30 à 12h

Portrait de Claude Sabbah : Une vie d’Ortiste

mercredi 12 juin 2013


Claude Sabbah, proviseur du lycée ORT et futur chevalier de la légion d’honneur. Photo DNA - Jean François Badias

De Strasbourg à Strasbourg en passant par Téhéran. L’itinéraire de Claude Sabbah, proviseur du lycée ORT, n’a rien d’un long fleuve tranquille mais reste marqué par la foi en la jeunesse et une grande conviction pédagogique.

Un enthousiasme intact et toujours la même passion pour le réseau ORT qu’il a intégré le 1erseptembre 1966 en faisant sa rentrée dans le lycée de Strasbourg. Très disert, Claude Sabbah ne cesse de sourire en déroulant sa vie d’« ortiste » né à Rabat au Maroc en 1950 et arrivé en France, à Grenoble, quinze ans plus tard. Aujourd’hui, l’homme va être décoré de la Légion d’honneur comme cela le fut annoncé le 20 mai dernier lors de la quinzième rencontre internationale des anciens élèves et étudiants, qui s’est tenue pendant trois jours dans l’enceinte de l’ENA.

Il en est honoré et précise dans un clin d’œil qu’il fait partie de la promotion du 1er avril mais c’est de ORT qu’il veut parler d’abord et avant tout. Claude Sabbah est entré au lycée de Strasbourg à 16 ans pour suivre un CAP en électronique qui sera suivi d’un diplôme d’ingénieur en physique nucléaire décroché à Genève grâce à une bourse de l’ORT.

C’est en tant que professeur qu’il intégrera ensuite le réseau, Villiers-le-Bel, Montreuil, Paris et puis Téhéran où il devient directeur technique du lycée ORT en 1978. « Un lycée Kléber x 2, se souvient-il, en plein Téhéran, pas loin du Grand Marché, avec des palmiers, des jets d’eau, un grand amphithéâtre de 600-700 places, essentiellement composée d’élèves de confession israélite, avec un internat où séjournaient des enfants issus de familles juives vivant dans des villages du Sud de l’Iran où il n’y avait pas d’école. »

Au cœur de la révolution iranienne

L’ayatollah Khomeini était en exil à Neauphle-le-Château quand Claude Sabbah et sa famille sont arrivés à Téhéran mais quelques mois plus tard, en 1979, la révolution islamique s’étend et il faut réagir, sortir les enfants par petits groupes chaque soir après le couvre-feu et les conduire jusqu’aux ambassades pour qu’ils soient évacués vers la Turquie, Israël, les États-Unis etc. Des va-et-vient incessants d’une petite noria de quatre voitures contenant chacune quatre enfants. Tous les élèves de l’ORT Téhéran ont pu quitter la ville et lors d’un dernier convoi, Claude Sabbah a vu mettre le feu à un véhicule arrêté à 200 mètres du sien. Dès lors, il n’y avait plus à tergiverser, il fallait rentrer en France ce qui fut fait par l’intermédiaire de l’ORT mondial.

« Je suis parti un mardi, quatre jours plus tard, le Shah quittait l’Iran et une semaine après, Khomeini arrivait à Téhéran. » Vidé de ses étudiants, le lycée ORT était quant à lui repris par le nouveau gouverneur des Mollah. De cette époque dramatique, Claude Sabbah garde le souvenir d’avoir vu des gens pendus, décapités et précise que « le tournant de la révolution a été marqué par l’implication des jeunes ». « Quand ils se sont jetés sur les baïonnettes des soldats, ceux-ci ont refusé de continuer à se battre contre leurs frères et l’armée a basculé », explique-t-il. Mais Claude Sabbah garde également le souvenir du chatoiement des tapis étalés le long de l’avenue Pahlavi à Téhéran, plus grande que les Champs-Élysées, et des voitures qui roulaient dessus pendant une journée pour en arracher les poils, du dôme de la bibliothèque serti de pierres précieuses… Avec, derrière tout cela, la souffrance des Iraniens.

« Téhéran est une immense montagne, raconte-t-il. En haut vivaient les riches, en bas les pauvres et le tout-à-l’égout non encastré dévalait du haut vers le bas, symbole d’une société pyramidale. » Durant la période où il est resté seul à Téhéran après avoir fait rapatrier sa femme et sa fille, Claude Sabbah s’est réfugié dans ces bas quartiers, vêtu de vieux vêtements, pas rasé avec « un physique qui passait bien » et quelques mots d’iranien…

Redonner confiance aux jeunes

Rentré via la Suisse en 1979, il passera par le lycée ORT de Toulouse avant de devenir proviseur de celui de Strasbourg le 1er janvier 1982. Un poste qu’il occupe toujours aujourd’hui avec la même conviction tout en notant combien le contexte éducatif a changé durant ces dernières décennies. « Aujourd’hui, nous avons plus de jeunes en difficulté dans les classes d’accueil, dit-il, il faut leur redonner confiance, recréer une dynamique positive alors que l’actualité, à laquelle ils sont très sensibles, ne leur donne pas de raison d’espérer ». L’éclatement des familles, la paupérisation de certaines, le refus de l’autorité, tout cela complique terriblement la donne mais Claude Sabbah croit que l’école reste un lieu privilégié.

« Six, sept heures par jour de présence obligatoire, c’est très important, dit-il, une dimension éducative peut se déployer et résoudre une partie de ces problématiques. On peut reconstruire certaines choses, remettre le curseur à la bonne place. »

Claude Sabbah garde donc le feu sacré et se réjouit de la sortie en juin prochain d’une bande dessinée de Lionel Courtot et Philippe Glogowski intitulé « Mazal » (Éditions du Signe). Celle-ci raconte l’histoire du réseau ORT créé en 1880 en Russie tsariste par Horace de Ginsburg. « Destinées à l’origine à la communauté juive mais jamais interdites aux autres, ces écoles voulaient permettre à l’homme de retrouver sa dignité par le travail, raconte Claude Sabbah, leur réseau s’est développé à travers le monde quand les grandes familles russes ont quitté leur pays après la révolution bolchevique. Leur but était de permettre aux jeunes de devenir très vite autonomes. »

« Mazal » veut dire bonne étoile en hébreu, Pour Claude Sabbah, on n’aurait pu choisir meilleur titre.

Véronique Leblanc