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Présentation de l’exposition réalisée par l’ORT Strasbourg sur les camps annexes du Struthof-Natzweiler au Parlement européen

lundi 15 octobre 2018

Mercredi 4 et jeudi 5 octobre, l’exposition réalisée par l’ORT Strasbourg, le CERD (Centre Européen du Résistant Déporté) et le VGKN (Organisme allemand des mémoriaux du réseau concentrationnaire du Struthof-Natzweiler) a été présentée, lors de la session plénière d’octobre au Parlement européen de Strasbourg, à l’invitation de la députée Anne Sander. L’ensemble du travail réalisé durant le premier trimestre 2017 par près de 200 élèves et étudiants de 15 structures scolaires d’Alsace, de Moselle et de Bade Wurtemberg a été installé dans l’Aula Emilio Colombo du Parlement européen. 150 personnes dont de nombreuses personnalités, députés, élus, représentants d’associations de combattants, de résistants et déportés, et d’institutions juives… ont été conviées au vernissage de cette exposition au cœur même de l’institution parlementaire. Les différentes prises de parole des députés, de la directrice du CERD, Frédérique Neau-Dufour, de Dorothée Roos, directrice du VGKN allemand, de Richard Aboaf, chargé de l’action culturelle de l’ORT Strasbourg, ont mis l’accent sur l’intérêt pédagogique et mémoriel de cet important projet déjà présenté dans de nombreuses structures culturelles, scolaires ou municipales des deux côtés du Rhin.

A l’issue de l’inauguration, le livret de l’exposition a été remis à tous les invités, conviés à un vin d’honneur puis conduits dans l’hémicycle où se déroulaient les débats de la session plénière de rentrée parlementaire, à l’issue desquels tous les députés présents ont pu apprécier l’exposition dans l’espace Emilio Colombo en quittant l’hémicycle.

Ci-joint l’allocution de Richard Aboaf lors de cette inauguration.

Madame la députée,
Monsieur le député,
Mesdames, Messieurs, bonsoir
Merci de nous donner la parole à Dorothée Roos, Frédérique Neau-Dufour et moi-même en qualité de porteurs du projet que vous accueillez au sein-même de votre institution parlementaire.
Je vais en premier lieu vous dire quelques mots sur la genèse de celui-ci dont l’idée a germé en janvier 2017 lorsque Frédérique Neau-Dufour, directrice du CERD, est venue visiter l’exposition que nous avions réalisée à l’ORT Strasbourg sur les « Plaques, stèles et monuments commémoratifs de la Résistance et de la Déportation sur le territoire national »
Nous avions envisagé un projet pédagogique transfrontalier qui impliquerait des jeunes français et allemands… L’idée a très vite germé, notamment après la projection par le CERD d’un documentaire au cinéma Star, qui abordait la complexité et la nébuleuse des camps annexes, à travers le témoignage et le parcours d’un rescapé très âgé qui vit actuellement en Israël…

Le soutien sans faille du directeur de l’ORT, Michel Benoild et de son adjoint Gabriel Guigui, comme le fut celui de l’ancien directeur Claude Sabbah pour de très nombreux travaux à vocation mémorielle, nous a permis de déployer ce vaste projet à visée pédagogique forte dans toute son envergure.
Je tiens à saluer aussi Lionel Courtot et son équipe de cinéastes qui ont suivi les jeunes français et allemands durant ce périple (nous aurons l’occasion de découvrir le moyen-métrage qu’il réalise et qui entre dans sa phase conclusive), ainsi que tous les professeurs de Manaa qui ont accompagné les étudiants dans leur projet. Nos remerciements aussi à Jack Dumont et Thomas Estève pour la réalisation du livret et Christophe Heitz, Chargé de mission Mémoire à la Région Grand Est pour l’impression des livrets.

Durant 3 mois, à l’initiative partagée de l’ORT Strasbourg, du CERD (le Centre Européen du Résistant Déporté) et du VGKN (le réseau allemand des lieux de mémoire de l’ancien complexes concentrationnaire de Natzweiler), enseignants, élèves et étudiants provenant de structures scolaires, des lycées d’Alsace, de Moselle et de Bade Wurtemberg, se sont mobilisés pour un projet inédit et ont quadrillé les deux rives du Rhin à la recherche de traces et de vestiges, avec comme objectif de restituer une partie de la mémoire des 50 camps annexes administrés par l’ancien camp central du Natzweiler.

Nous avons été très vite dépassés et étonnés par l’ampleur que ce projet a pris, Nous étions 3 établissements au départ. 15 lycées et Gymnasiums nous ont rejoints en quelques semaines impliquant de manière forte plusieurs centaines de jeunes qui, durant les mois d’octobre, novembre et décembre 2017, se sont rendus sur les sites des camps annexes de leur aire géographique respective… Plus de 10 000 photos ont été prises et des centaines de dessins réalisés sur ces lieux, dont parfois il ne subsistait que très peu de choses. Ce travail a laissé transparaître une grande maturité dans l’approche et la réflexion de ces jeunes et aussi une certaine empathie. Je tiens à saluer la présence parmi nous de 4 de nos 40 étudiants de l’ORT qui ont travaillé sur ce projet, Louise, Carla, Charlotte et Tanguy, merci pour votre implication l’an passé et pour votre présence parmi nous ce soir.

Face à cette histoire, à la chronologie et à la géographie complexes, faire émerger chez les jeunes lycéens et étudiants français et allemands une conscience historique commune a été l’un des objectifs principaux… Donner à voir les dernières traces de ces camps annexes en a constitué un second.

Ces nombreuses informations recueillies à travers le medium de la photographie pourront servir d’outil didactique et pédagogique et enrichir la data base des témoignages réalisés sur cette nébuleuse méconnue du grand public.
Le projet mené à son terme est, dans une modeste mesure, l’incarnation d’une mémoire franco-allemande partagée et réconciliée. Ces sites, chemins de traverse d’une histoire méconnue, constituent un héritage qu’il nous faut transmettre aux générations à venir.

Enfin, je voudrais élargir le propos de ce projet et lui donner une dimension qui dépasse les deux rives du Rhin : toute réflexion sur le processus de formation d’une mémoire européenne devrait partir d’une prémisse : le 21e siècle s’est ouvert sous le signe d’une éclipse des utopies, de nouvelles menaces et d’une certaine amnésie ou amalgame des mémoires. Il y a là une différence majeure qui le sépare du siècle précédent et définit le Zeitgeist (l’air du temps) de notre présent.

Alors que pour la première fois dans l’histoire contemporaine, la « mémoire directe » des évènements n’est plus portée par ses acteurs, par ceux qui l’ont vécue… le témoignage vivant, inexorablement s’éteint avec les derniers survivants qui nous quittent chaque jour un peu plus, demain ils ne seront plus. Le changement de siècle s’est produit sous le signe d’une mutation de paradigme : le passage du « principe de témoignage » au « principe de transmission et d’enseignement à travers la responsabilité des historiens, des professeurs et des éducateurs »

La réactivation du passé qui caractérise notre époque est sans doute la conséquence de cette éclipse des utopies : un monde sans utopies tourne inévitablement son regard vers le passé mais le surgissement des mémoires dans l’espace public des sociétés occidentales, les luttes et les conflits mémoriels ne doivent pas diluer l’immensité et la singularité de la Shoah, tout comme la singularité des autres génocides… Les fascismes, la Shoah et Hiroshima demeurent parmi les marqueurs culturels, humains et historiques les plus terribles qu’a connus le 20ème siècle.

Cette histoire des 50 camps annexes du Natzwiller-Struthof, restée dans l’ombre de la grande histoire officielle, ces camps recouverts par l’oubli, parfois même gommés par le déni, qui ressemblaient en leur temps au paysage du champ de ruines évoqué par l’Ange de la neuvième thèse de Walter Benyamin « Sur le concept d’Histoire » rédigé en 1940, doivent entrer en résonnance avec ce passé européen, et comme l’a souligné Georges Semprun, éminente figure de la mémoire de l’Europe, « faire coexister le souvenir des victimes avec celui de leurs espérances ou de leurs combats »

C’est dans ce contexte que se dessine aujourd’hui la mémoire de l’Europe. Il va de soi qu’il ne s’agit pas d’une mémoire homogène, mais ritualisée et médiatisée. La commémoration de la Seconde Guerre mondiale, de la déportation et de la résistance est mise au service d’une sacralisation des valeurs constitutives de la démocratie libérale : le pluralisme, la tolérance, les droits de l’Homme... la défense et la transmission de ces valeurs, la politique de représentation, d’éducation et de commémoration…

Ces commémorations précisément, ancrées à la formation d’une conscience historique transnationale, sont le résultat d’un effort pédagogique des pouvoirs publics. Mais il faut tout de même souligner combien cet effort est aujourd’hui contrarié voire menacé quand il s’agit d’aborder l’histoire de la Shoah dans les nombreux quartiers des grandes cités d’Europe. Il ne s’agit pas là de perpétuer une mémoire consensuelle de la compassion mais bien de donner un sens à cette histoire européenne, des références communes et les partager avec tous les citoyens de notre continent…

Enfin, je voudrais dire un mot sur le magnifique livret qui a accompagné cette exposition et le projet… Il contribue à lui donner une matérialité, un contenu et un sens tangibles. Il convoque ce devoir de lutte contre l’oubli et participe à cette nécessité du travail de Mémoire et d’Histoire qui fonde notre humanité en progrès et en devenir. Une humanité qui se doit d’interroger aussi le présent et ses dérives aujourd’hui même en Europe…

Ce travail, cette exposition, ce livret et le film qui suivra dans quelques mois, s’inscrivent aussi dans une volonté, celle d’honorer et de respecter la mémoire des disparus, dans le cœur même de nos vies présentes et en même temps elles nous autorisent à affronter les amalgames et les amnésies de la mémoire, la fugacité du souvenir et la brièveté du temps.

Je vous remercie.