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Rothau - Société Cultiver la paix

vendredi 27 janvier 2017

Le froid vif qui régnait hier matin dans la vallée de la Bruche a peut-être participé de la compréhension des souffrances qu’ont vécues les déportés. Un Jardin de la mémoire et des droits de l’homme va désormais prendre racine au côté de la gare par laquelle ont transité des milliers d’entre eux. Ce sont des enfants qui ont bâti les premiers plans du lieu.

C’est à l’initiative de l’association strasbourgeoise Regards d’enfants qu’un « Jardin de la mémoire et des droits de l’homme » va voir le jour à Rothau. Il ne sera pas là par hasard.
Ceux qui s’intéressent à l’histoire – et bon nombre d’habitants de la vallée de la Bruche — le savent : la gare rothauquoise était un des derniers lieux de vie « normale » qu’apercevaient les milliers de déportés destinés au camp de concentration du Struthof.
Qu’il soit synonyme de tolérance, d’amour
Brigitte Kahn, présidente de Regards d’enfants a souhaité faire installer un site mémoriel à cet endroit, « pour qu’il soit synonyme, aujourd’hui, de paix, de tolérance, d’amour ». Son association a pour vocation de « favoriser l’éducation à la citoyenneté, ainsi que la transmission de valeurs essentielles à la vie en communauté ».
Plusieurs écoles ont été associées au projet : celles de Rothau, Urmatt, l’établissement Oberlin et le collège de La Broque, le lycée ORT de Strasbourg, l’école de Landau, en Allemagne (qui possède déjà une structure de ce genre).
Des établissements comme le foyer pour personnes adultes handicapées mentales Buisson-Ardent, de Schiltigheim, et le pavillon « Adosphère » de l’hôpital de Rouffach, ont également pris part à la démarche. « Nous voulions réunir des enfants et personnes de tous horizons », souligne Brigitte Kahn.
Hier, plusieurs centaines d’enfants ont marqué symboliquement l’ouverture de ce jardin particulier. Par des chants, un dépôt de lanternes, le déploiement d’une banderole, la lecture de textes, ils ont dit leur volonté de voir se créer un espace dédié à la tolérance, à la paix. Un jardin où l’on pourra aussi se retrouver pour flâner ou réfléchir.
Pour le moment, les écoles et établissements n’ont montré que les premiers éléments qui garniront le lieu. Des maquettes, comme celles réalisées par l’école de Rothau, par exemple, ont été dévoilées hier au grand public. On pouvait y observer l’idée que se font les enfants de ce futur Jardin de la mémoire. Ce dernier se situe juste à côté de la gare, sur une parcelle de 7 ares, qui a été achetée en décembre par la commune de Rothau. Elle a pu convaincre Réseau Ferré de France, comme l’a rappelé Marc Scheer, le maire. Le premier élu a indiqué aussi que le projet avait « trouvé un soutien très favorable de la directrice du CERD (Centre européen du résistant déporté), Frédérique Neau-Dufour, et de son équipe, jugeant qu’un tel jardin avait tout son sens, ici, dans la vallée de la Bruche ». Le CERD, basé sur le site de l’ancien camp de concentration du Struthof, à Natzwiller, se situe à quelques kilomètres de la gare, chemin que les déportés parcouraient à pied, par toutes les météos.
Espoir contre souffrance
Des enfants ont traduit en mots ce qu’ils espéraient voir naître dans ce jardin. Camille Merckel, élève de l’école de Rothau, a résumé les débuts du projet et indiqué que « le jardin se mettra en place progressivement. Nous avons commencé par concevoir un hôtel à insectes et des mangeoires pour les oiseaux […] Les animaux sauvages sont libres. Les enfants souhaitent aussi partager avec eux leur nourriture ».
Les petits de l’établissement Oberlin ont fait part de messages touchants, vivement applaudis par l’assistance.
Des classes ont chanté, musiques d’espoir et d’invitation à la paix, dans un environnement qui a connu, voilà seulement sept décennies, souffrance et négation de l’humanité.